Oct 14, 2016
  • Le 26 septembre dernier s’est tenu un dîner organisé par Alliancy le Mag, en partenariat avec Devoteam Management Consulting (DMC), sur le thème « Compétitivité de la DSI ». Des responsables informatiques de grands groupes issus de secteurs comme l’industrie, l’assurance ou le transport étaient présents. François Juillot, Partner, et William Batteault, Senior Principal, y ont représenté Devoteam Management Consulting. Nous leur avons demandé d’évoquer pour nous les sujets abordés lors de cette soirée.
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  • DMC : en quoi est-il pertinent aujourd’hui de parler de « compétitivité de la DSI ? »

    William Batteault (WB) : L’activité traditionnelle des DSI est remise en question aujourd’hui par l’émergence d’offres (SaaS, Cloud) proposées par des tiers, qui permettent d’accéder à des services autrefois portés en interne (hébergement par Amazon par exemple). Or ces offres atteignent maintenant une qualité de service et une crédibilité qui poussent les entreprises à y recourir en masse. Historiquement, une DSI est une entité qui conçoit et réalise des services qu’elle met ensuite à disposition du reste de l’entreprise. La question est donc de savoir comment les DSI conçoivent leur rôle dans un futur où ces services seront de plus en plus externalisés.

    François Juillot (FJ) : Cette question se pose en particulier pour les entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui font parfois le choix d’une externalisation complète. C’est le cas de Soitec que Devoteam a accompagné dans cette démarche. Dans les grands groupes, les économies d’échelle font que le recours à l’externalisation n’est que partiel. Mais dans tous les cas, le succès de ces offres d’externalisation s’explique par la réponse qu’elles apportent aux griefs classiquement formulés à l’encontre des DSI : plus que des questions de coûts, il s’agit de la longueur des processus ou de l’adéquation de l’offre de services aux besoins réels du métier. Les DSI ont trop souvent vendu des catalogues de services trop gros et trop structurés plutôt qu’un espace d’autonomie offert à ses clients internes qui lui permette d’adapter ses outils en permanence en fonction de son activité de sa courbe d’apprentissage. Les DSI doivent être plus imbriquées avec le métier. Elles y gagneront en pertinence et en capacité à créer de la valeur, grâce à un cycle produit plus souple et rapide.

  • DMC : Dans ce nouveau contexte, quels peuvent être les axes de création de valeur ajoutée pour la DSI de demain ?

    WB : Un nouveau terme fait son apparition pour décrire ce futur rôle : celui d’« assemblier ». Historiquement, il s’agit d’un constructeur de machines qui assemble des pièces détachées. C’est bien ce qui semble être la fonction qu’occuperont de plus en plus les DSI : plutôt que de produire des services (réseau, poste de travail, messagerie, etc.), je les achète à l’extérieur, et je les assemble à l’intention de mes clients internes. Ma valeur ajoutée vient du fait que je leur facilite la vie en mutualisant au niveau de l’entreprise la relation contractuelle, les aspects techniques, etc. Les offres externes trouvent alors une cohérence globale en interne, sont optimisées techniquement et financièrement, et répondent aux exigences de l’entreprise en termes de sécurité et de conformité.

    FJ : Une DSI assemblier permet à ses clients internes de rester autonomes, c’est-à-dire de ne consommer et de ne payer que ce dont ils ont besoin, sans engagement. La DSI leur permet néanmoins de ne pas être isolés, seuls face à leur prestataire, et de garder une interopérabilité maximale entre eux.

    WB : D’autre part, même si le rôle de la DSI connaît une grande évolution, le rôle premier d’une DSI restera toujours la maîtrise des technologies de l’information. Ce qui est nouveau, c’est l’exigence de souplesse.

    FJ : Une autre fonction persistante pour les DSI est celle de la sécurité. A part pour certains cas particuliers exigeant une sécurité extrême (industrie de défense par exemple), l’avenir semble être à la sécurité logique plutôt qu’aux forteresses physiques. Là aussi, la valeur ajoutée de la DSI sera de mettre à la disposition de ses clients une offre potentiellement achetée à un prestataire, mais conforme aux exigences de l’entreprise, structurée et rationalisée par niveaux suivant les différents besoins en la matière. Une DSI peut être aussi un interlocuteur utile pour maîtriser des contraintes réglementaires liées au SI pour le compte du métier, comme dans les métiers de santé par exemple.

  • DMC : Au-delà de cette fonction d’assemblier, quels sont les sujets que les DSI sont appelées à traiter dans les années qui viennent, et selon quelle approche ?

    WB : La donnée est évidemment un sujet dont le potentiel reste important. Cependant, l’accent était mis jusqu’à récemment sur les problématiques Big Data, qui sont surtout technologiques, puisqu’il s’agit de stocker efficacement des données dont le volume est sans commune mesure avec ce que nous connaissions auparavant. Désormais, la question est davantage celle du Smart Data, c’est-à-dire de la manière dont je peux exploiter ma donnée pour produire une connaissance dont les premiers bénéficiaires seront les métiers, avec une bien plus grande valeur ajoutée. Produire ou sourcer des données, potentiellement à l’extérieur de l’entreprise (données statistiques de l’INSEE par exemple), l’exploiter, la « faire parler », voilà une fonction qui placera les DSI comme des interlocuteurs essentiels pour les métiers.

    FJ : On constate également un retour du développement dans les DSI. Auparavant, cette fonction était vue comme l’exemple-type de ce qu’il fallait délocaliser. De nouvelles technologies, comme les APIs et les modules natifs mis à disposition par les éditeurs, mais aussi les nouvelles méthodologies de développement permettent des cycles de plus en plus courts pour des retours sur investissement très rapides. Certaines DSI deviennent ainsi des centres de profit et vont jusqu’à développer une activité d’éditeur. Devoteam a pu constater cette stratégie chez Suez, qui pouvait perdre un contrat au profit d’un concurrent, mais qui lui vendait sa solution logicielle. Plus généralement, la relocalisation du développement est aussi ce qui permet la souplesse dont nous avons déjà parlé, et qui est la condition majeure de succès pour une DSI assemblier.

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    William Batteault

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    François Juillot