Apr 27, 2016
  • Pour Thierry Pineau, Lead Partner Financial Services à Devoteam Management Consulting et Clément Le Blanc, Consultant Confirmé à Devoteam Management Consulting, les FinTech doivent être considérées comme des opportunités qui permettent au secteur de la banque de transformer son business model et de sortir du cadre institutionnel traditionnel pour raisonner en termes d’écosystème ouvert. Mais il leur faut faire vite.

    Challengées depuis la crise de 2007, par la révolution digitale et la montée en puissance des banques en ligne, les banques traditionnelles voient se multiplier à leur corps défendant des entrants d’un tout nouveau genre : les FinTech.

    Ces start-ups visent souvent un métier précis de la banque et briguent sans complexe des parts de marché significatives en arborant un modèle frugal d’innovation : augmenter la valeur perçue du client tout en optimisant la consommation de ressources. L’entrée en scène de ces trublions coïncide également avec une forte désintermédiation des circuits et des activités bancaires… et une tendance au désamour des banques par leurs propres Clients.

    Si “The Economist, Intelligence Unit” révèle que les principaux acteurs bancaires sont pleinement conscients des enjeux majeurs auxquels sera confronté le secteur, le danger reste pourtant très présent. En effet, selon McKinsey, 60% du marché du retail bancaire sera en situation très critique d’ici 2025. BBVA estime même que d’ici moins de 10 ans, seule une centaine d’acteurs bancaires majeurs aura su s’adapter et résister. Ainsi, les banques qui ne se transformeraient pas assez vite ou pas assez profondément seraient potentiellement d’ores et déjà condamnées, victimes d’une forme de hold-up des temps "digitaux" ?

  • APPRIVOISER PLUTÔT QUE DE SE FAIRE DÉVORER

    Comme bon nombre d’acteurs bancaires l’ont compris, une voie possible et gagnante se révèle dans la coopétition avec les FinTech. Crédit Mutuel Arkéa en a fait très tôt son leitmotiv en déboursant, par exemple, 50 millions d’euros pour racheter 86% de la FinTech Leetchi. Les options stratégiques pour travailler avec les FinTech sont nombreuses et ne se limitent pas uniquement à un simple rachat, à l’instar de la Place Bancaire Suisse ou de BNP Paribas qui eux misent sur leur pôle d’Innovation FinTech pour se rapprocher et accompagner avec succès de jeunes entrepreneurs. Ces démarches demandent certes une prise de risque et une observation minutieuse de cet écosystème en constante évolution, mais ont, en outre, le mérite d’externaliser le développement et la confrontation au marché d’offres innovantes.

  • LA FINALITÉ EST LA VALEUR AJOUTÉE OUBLIÉE PAR LES HISTORIQUES

    En effet, le succès des FinTech repose notamment sur leur capacité à prendre en compte l’expérience utilisateur. Les Clients sont à la recherche de plus de simplicité, de transparence, de réactivité, associés à de faibles coûts de services… Ainsi, les banques doivent aujourd’hui se centrer sur les Clients et innover rapidement sur “la partie visible” du Business Model (nouvelle proposition de valeur, canaux de distribution, relation client, …). Ainsi Yomoni, une FinTech d’épargne et la gestion privée, a misé sur une offre de placement financier basée sur un parcours utilisateur différenciant et orienté vers tous les clients bancaires frustrés des placements à taux aujourd’hui très bas et n’ayant pas la volonté, ou les moyens, de rejoindre les grandes maisons de gestion privée. Cette approche est d’autant plus importante que les phénomènes de desintermédiation de type Blockchain auront à terme pour effet de court-circuiter les acteurs dont la valeur ajoutée ne sera pas flagrante aux yeux des clients. En ce sens, un exemple remarquable : Stripe, LA licorne FinTech américaine, qui propose notamment un service de paiement en ligne sans intermédiaire bancaire et qui a déjà signé de nombreux partenariats avec les géants du Web.

  • VOIR DANS LES CONTRAINTES DES OPPORTUNITÉS

    À l’instar du Crédit Agricole, les FinTech doivent être considérées comme des opportunités qui permettent au secteur de la banque de transformer son business model et de sortir du cadre institutionnel traditionnel pour raisonner en termes d’écosystème ouvert. En effet, la pépinière le “Village by CA” met en œuvre une stratégie d’open innovation au travers d’un large réseau de startups et enrichit ainsi les offres proposées aux clients du Crédit Agricole.

    La course contre la montre est donc engagée et comme toute compétition, elle aura son lot de gagnants et de perdants parmi les jeunes pousses mais aussi parmi les acteurs traditionnels, car tous les paradigmes sont aujourd’hui mis à mal comme le soi-disant protecteur ‘too big to fail’. Ainsi, les banques doivent se réinventer dans l’urgence, observer, anticiper, casser dans certains cas, des modèles existants, reconsidérer avec humilité et innovation l’offre de valeur Clients. Mais au-delà de se réinventer elles doivent surtout consolider leur posture historique de Tiers de Confiance, mais dans un univers plus transparent, plus flexible et plus ouvert et débarrassé des pesanteurs historiques. La survie est sûrement à ce prix.

  • Par Thierry Pineau, Lead Partner Financial Services à Devoteam Management Consulting et Clément Le Blanc, Consultant Confirmé à Devoteam Management Consulting, travaillent sur les problématiques d’Innovation et de Transformation Digitale 

  • Paru dans Usine Digitale